Les tailleurs de pierre
Une activité importante Avec l’agriculture, l’activité principale de la commune a longtemps été l’extraction et la taille de la pierre. Entre 1820 et 1850, une douzaine de carrières à ciel ouvert produit plus de 1 000 m³ de granit par an : « Ces carrières sont très importantes et ne fournissent que de la pierre de taille » (juillet 1847). Cette activité emploie plus de 60 ouvriers travaillant chez 6 exploitants. Le 22 novembre 1903, le Conseil Municipal « considérant que les travaux de la construction du clocher et de la flèche de l’église des Lucs sont interrompus depuis environ 16 mois, considérant que les tailleurs de pierre n’ont actuellement aucun travail, émet le vœu que la construction soit reprise sans délai pour donner des travaux à la population ouvrière des Lucs » (la flèche ne sera jamais construite).
En 1820, les exploitants s’appellent Blais Frères, Berriau Constant, Grelet Noël, Airiau, Chaigneau, Hubin, Martin. Pierre Blays, né en 1765, tailleur de pierre, est élu maire des Lucs le 18 avril 1816 comme Eugène Rocher, élu maire le 12 février 1876.
L’annuaire de la Vendée de 1890-1891 indique les noms de Beauvineau, Blay, Favreau, Grelet, Landais. Trois grandes familles vont par la suite exploiter les carrières : les Blais, Grelet et Giraud. Puis vers 1950, la famille Charrier qui exploite une carrière à Chavagnes-en-Paillers. Désormais les carrières de granit des Lucs n’existent plus ; seuls les tailleurs de pierre continuent leur métier en faisant venir de la pierre, essentiellement de Bretagne.
Carrier et tailleur, des métiers différents Le carrier a pour tâche essentielle d’extraire la pierre. Le tailleur se charge ensuite de préparer le bloc pour qu’il puisse être livré. Il réalise des éléments architecturaux constitués d’un ensemble de pierres taillées : murs, arcs, voûtes, piliers, colonnes…
Le matériau Le granit lucquois a une excellente réputation : sa qualité de dureté et son degré de conservation ainsi que le savoir-faire des tailleurs de pierre en font sa renommée. Il sert à la construction de bâtiments, mais aussi comme matière première pour la réalisationde statues, monuments… Les parties les moins nobles peuvent être transformées en gravier. Le granit des Lucs est utilisé dans toute la Vendée, mais aussi en Loire Atlantique. Localement, cette pierre est utilisée pour la construction de l’église et les habitations du bourg : les coins de rue avec leur pan coupé, la mettent en valeur.
La vie des carriers Le métier est particulièrement pénible. Les carriers arrachent de la pierre du matin au soir (12 heures de travail), six jours sur sept et toute l’année, par tous les temps, grands froids ou grosses chaleurs. Les accidents ne sont pas rares, parfois meurtriers en cas d’éboulement ou de chute. Par groupe de six hommes environ, il faut deux à trois jours pour sortir un bloc de 3 tonnes soit un peu plus de 1 m³.
Les carriers s’exposent également à des maladies en lien avec leur condition de travail : l’air des carrières est humide, il fait froid et il est difficile de respirer. La poussière peut aussi, en s’insinuant dans les bronches, provoquer des toux, voire des ulcérations. La tuberculose touche un grand nombre de travailleurs, en majorité avant quarante ans. Les maladies peuvent également toucher les yeux, par des inflammations du globe oculaire.
La « beuque », emblème de la commune Pour extraire les blocs de granit mais aussi les blocs de schistes faciles à fendre et utilisés pour la construction des murs de bâtiments, les carriers et tailleurs de pierre utilisent une chèvre, appareil de levage formé de trois montants en bois disposés en trépied. Au sommet, une poulie sur laquelle passe une chaîne, permet de soulever de fortes charges. La chaîne est mue par un treuil.
L’outil est très répandu et émerge au sommet des carrières. Les nombreux voyageurs traversant la commune bourg questionnaient les gens du pays. La réponse était : « O lé une beuque ! » (« c’est une chèvre ! »). En patois, le mot « chèvre » se dit « beuque ». Le surnom de « beuquot » (peut s’écrire « beucquot » ou « becot ») est donné aux nombreux ouvriers des carrières puis par extension aux habitants des Lucs.
FAITS DIVERS
impliquant des carriers ou des tailleurs de pierre.
Acte Civil de la justice de paix du Poiré. 1806 N° 35 :
Levée du cadavre de Jacques Gaudin, domicilié à Nantes, ouvrier aux carrières de pierre de taille au Luc – du 24 février 1806.
« Aujourd’hui vingt quatre février mil huit cent six, sur les deux heures de l’après midi ou environ.
Nous, Jean Sébastien Brethommeau, juge de paix du canton du Poiré, ayant avec nous Jean François Lamontagne, que nous avons commis greffier, qui a entre nos mains prêté serment en pareil cas requis.
Sur l’avis qui nous a été donné par le sieur François Renaudin, adjoint à la mairie de la commune des Lucs, qu’un individu avait été trouvé mort le matin de ce jour sur la principale rue dudit bourg du Grand Luc, où nous nous sommes transportés pour constater le décès et le genre de mort à quoi nous avons appelé le sieur Perotteau, officier de santé, demeurant au dit lieu du Luc, qui à notre réquisition a visité le cadavre et nous a déclaré l’avoir vu hier comme très dangereusement malade et que le délire qui a accompagné la maladie l’a porté à se précipiter par la fenêtre d’une chambre haute où il était couché, que l’effet de la chute, la maladie et le grand froid peut avoir occasionné la mort et qu’il a été reconnu pour être Jacques Gaudin , âgé à ce qu’il nous apparu par les papiers qui se sont trouvés dans ses poches, de quarante huit ans ou environ, et avoir servi dans le 16e de dragons d’après même le signalement porté sur ses feuilles de routes, qu’il était depuis environ huit mois aux carrières de pierres de taille établies dans cette commune pour la construction des édifices publics de Napoléon [Roche-sur-Yon], qu’il était domicilié de Nantes, rue Robin, maison Chaton d’après le rapport qui nous en a été fait par ses collaborateurs qui se sont avec nous, l’officier de santé et notre commis greffier soussignés
Fait au Luc le dit jour, mois et an que dessus. Un mot rayé nul.
Signatures : Perotteau, chirurgien, Rahard jeune, Brosseau, Perreaudeau,
Lamontagne, commis greffier, Brethommeau, juge de paix. »
De quels édifices publics s’agit-il ? La Roche-sur-Yon, ou plutôt Napoléon est un vaste chantier. Mais vers 1805 peu d’édifices publics sont en cours de réalisation, beaucoup ne verront le jour que dans les années suivantes. Cependant, nous pouvons affirmer que le granit des Lucs entre dans la construction de la Préfecture. Dans un rapport daté du 30 thermidor an XIII (18 août 1805) l’ingénieur en chef Cormier indique pour l’approvisionnement des matériaux nécessaires à la construction de la préfecture :
« 751 blocs de pierre de taille des carrières du Luc, formant environ 42 m3 … »
LE PUBLICATEUR - Mercredi 20 février 1861 - Chronique Locale -.
Les Lucs - La carrière du Chaume-Blanc, située à Monrepos, est exploitée actuellement par M. Giron, entrepreneur, qui en fait extraire des matériaux pour l'entretien du chemin vicinal n° 33, des Lucs à Thouarsais. Deux ouvriers, Pierre Bonniau, âgé de 16 ans, et François Helloury, âgé de 28 ans, tous deux originaires du département des Côtes-du-Nord, travaillaient à la carrière. Ces ouvriers, au lieu d'extraire les matériaux à ciel ouvert, comme c'est l'habitude pour ces sortes de carrières, avaient creusé horizontalement au-dessous des couches de terre et avaient négligé de mettre des étais pour prévenir un éboulement. Cette précaution était d'autant plus nécessaire que les terres étaient détrempées par le dégel et de nature, par conséquent, à s'écrouler les plus facilement. Le 7 de ce mois, pendant que Helloury chargeait sa brouette, un éboulement se manifesta subitement, et le malheureux jeune homme fut enseveli sous environ 7 à 8 mètres cubes de terres et de pierres. Bonniau venait heureusement de sortir de la carrière avec sa brouette; il appela au secours, et avec l'aide des habitants du village de l'Étellière, particulièrement des nommés Henri Favreau, maçon, et Jean Chiffoleau, tisserand, il parvint au bout de deux heures de travail, à dégager son camarade; mais il était sans vie, sa tête avait pour ainsi dire été écrasée par la chute d'une quantité considérable de pierres et de terre.
Le Courrier de la VendÉe - Jeudi 6 janvier 1870 - Nouvelles d'Intérêt Local -.
Faits Divers -Les Lucs - Dans la soirée du 31 décembre, un incendie a détruit une maison appartenant au sieur Eugène Devineau, maître tailleur de pierres. Malgré les secours les plus zélés, que les habitants du bourg s'empressèrent d'apporter, l'immeuble et une partie du mobilier ont été détruits. Cette maison venait d'être terminée. On avait eu l'imprudence, en enlevant les échafaudages, de ne pas boucher un trou qui se trouvait dans le tuyau de la cheminée. Auprès de ce trou on avait amoncelé des fagots et du bois de chauffage. Les pertes sont évaluées à 5.500 fr environ.
L'Indicateur - Dimanche 11 décembre 1874 - Chronique Locale -.
Cours d'Assises de Vendée - Session d'octobre 1874 - audience du 26 octobre 1874 - Présidence de M. de Gennes, conseiller de la cours d'appel de Poitiers - ...
B..., Jean-Ollivier, âgé de 21 ans, tailleur de pierre aux Lucs, est accusé d'avoir commis un attentat à la pudeur consommé ou tenté avec violence sur une enfant de moins de 15 ans.
Au cours de débats, la question se réduit à un délit : déclaré coupable d'avoir commis un outrage à la pudeur, il est condamné à 6 mois de prison. Ministère public : M. Giraud, substitut. Avocat : Me Rouillé.
Le Journal de Luçon - Samedi 24 août 1878 - Chronique Locale et Départementale -.
Les Lucs - Nous apprenons qu'une tentative d'assassinat a été commise lundi au village du Fief-Gourdeau, commune des Lucs, sur un nommé Patron, Baptiste, tailleur de pierres, par un nommé S..., Célestin, carrier. Ce dernier a tiré un coup de fusil sur ledit Patron, qui a reçu la charge entière dans le bras gauche, dont les os ont été littéralement broyés.
Les magistrats de La Roche, venus sur les lieux, ont procédé à l'arrestation du sieur S..., et aux premières constatations.
Le médecin qui soigne le blessé, considère comme indispensable l'amputation du membre atteint par le coup de feu, et encore n'est-il pas certain que la blessure n'amène un résultat fatal.
LA VENDÉE - Vendredi 13 mai 1887 - Intérêt Local et Régional -.
Samedi dernier, vers midi, un éboulement a eu lieu aux Lucs, dans une carrière appartenant au sieur Louis Grelet, tailleur de pierres. Il y avait à peu près cinq minutes qu'il était descendu dans la carrière pour remettre de la poudre à ses ouvriers lorsque l'éboulement s'est produit. Le sieur Grelet, a été tué, et deux de ses ouvriers, les nommés Dupont et Fétiveau ont été blessés très grièvement. Il a fallu l'aide d'une chèvre pour dégager les malheureux. L'un d'eux était mort. Les deux autres, écrasés sous la masse suppliaient leurs camarades, en gémissant, de se presser et d'enlever le bloc qui les étreignait. On se désespère de les sauver. Toute la population des Lucs est plongée dans la consternation. Si l'accident se fût produit cinq minutes plus tôt, il se serait trouvé 13 hommes dans la carrière et il est probable qu'ils auraient été tués ou blessés. Les trois victimes sont pères de familles.
[ Louis GRELET, 39 ans, tailleur de pierres, époux de Marie PATRON, fils de Jean Noël et de Véronique FETIVEAU.]
LE PUBLICATEUR - Mercredi 29 août 1888 - Chronique Locale -.
Les Lucs - Lundi dernier, vers 5 heures du soir, le jeune Auguste Grelet, âgé de 4 ans, était monté sur un tombereau conduit par le nommé Dupont. Ayant voulu descendre, malgré les observations de sa mère, qui suivait à peu de distance, il tomba si malheureusement qu'une des roues du lourd véhicule lui passa sur le corps.
Tous les soins qui lui ont été prodigués furent inutiles; le jeune Grelet succombait douze heures après par suite des lésions internes.
[NB - Auguste Grelet, né le 7 avril 1884, fils de Auguste Grelet, 41 ans, tailleur de pierre, et de Julie Martineau, 36 ans.]
LE PUBLICATEUR - Dimanche 20 avril 1890 - Chronique Locale -.
Les Lucs - On s'est introduit ces jours derniers chez le sieur Favreau, tailleur de pierre, et on a fait main-basse sur une somme de 60 fr., serrée dans une armoire dont la clé n'avait pas été enlevée. Une enquête est ouverte.
Le MESSAGER de la VENDÉE - Dimanche 26 décembre 1892 - Chronique Locale, Départementale et Régionale -.
Tribunal Correctionnel de La Roche-sur-Yon - Audience du 22 décembre 1892 -
... une agression, peu justifiée, et dont l'auteur et le plaignant semblent tous deux ignorer la cause, est celle dont fut victime, le 7 décembre, M. Petit, hôtelier aux Lucs. Au moment où il allait entrer dans une maison amie, il fut soudain jeté à terre par un violent coup de poing lancé par le nommé G..., tailleur de pierre. G..., qui passe pour un batailleur, avoue qu'il se trouvait dans un état complet d'ivresse : il n'a même pas encore de souvenance de ce fait regrettable.
M. Petit, dans un bon mouvement, prie le Tribunal d'être indulgent pour son agresseur, à qui il a lui-même pardonné.
Les Juges, tenant compte de cette requête, condamne néanmoins à un mois de prison le prévenu G..., dont les antécédents sont loin d'être excellents.
LE PUBLICATEUR - Mercredi 20 mars 1901 - Chronique - arrondissement de La Roche-sur-Yon -.
Les lucs - le 1er de ce mois, M. Mallard, tailleur de pierre, en se rendant à son travail, a constaté que, pendant la nuit précédente, un fut de colonne en pierre de grison, estimé à 70 francs environ, avit été brisé en partie.
L’ÉTOILE DE LA VENDÉE - Dimanche 14 Janvier 1912 - Faits Divers -.
Les Lucs-sur-Boulogne - Escroquerie - L'instruction ouverte contre Pierre B..., 46 ans, carrier, en raison de l'escroquerie, à Rocheservière, d'une boîte de homard, a fait découvrir, à son actif, un autre délit du même genre. Le 28 décembre, étant aux Lucs-sur-Boulogne, B..., s'était dit employé chez M. Martineau, entrepreneur, et avait obtenu à crédit, de Mme Bersard [Bernard ?], épicière, une marmite en fer émaillé valant 2 francs. Il revendit cet ustensile pour 1 fr. 50 à M. Auguste Bergnon, cantonnier, domicilié à Saint-Denis-la-Chevasse, auquel il déclara qu'il avait besoin d'argent.
L’ÉTOILE DE LA VENDÉE - Dimanche 17 mai 1925 - Faits Divers -.
Les Lucs-sur-Boulogne - Grave accident d'auto - Le 12 courant dans la soirée, M. Armand Vrignaud, 61 ans, domicilié aux Lucs-sur-Boulogne, et employé au service de M. Grelet, entrepreneur de pierres de taille au même lieu, revenait de son travail, lorsque l'automobile de M. Aubin, de Nantes, le prit en écharpe et lui passa sur la jambe gauche. Le sieur Vrignaud fut relevé aussitôt avec une fracture de la jambe. On dut le transporter d'urgence à l'hôpital de Montaigu.
L’ÉCHO de la VENDÉE - Samedi 26 décembre 1931 - Chronique Locale et Régionale -.
Les Lucs-sur-Boulogne - Le 15 décembre, vers 12 heures, M. Guitet Jean, roulier aux Lucs-sur-Boulogne, employé chez M. Grelet, entrepreneur, revenait de Belleville-sur-Vie, conduisant un tombereau chargé de matériaux. Environ à 4 kilomètres de Belleville, M. Guittet voulant ranger son attelage sur sa droite, a glissé sur le goudron en se portant à la tête du cheval. Les roues du véhicule ont passé sur les deux jambes du conducteur. Relevé par les témoins de l'accident, M. Guittet fut transporté au pavillon de chirurgie de La Roche, avec les jambes fracturées au-dessous du genou. Son état est grave.
La Vendée Libre – Dimanche 1 mars 1953. Un incendie détruit 35 tonnes de foin. -
Lundi soir, vers 20 heures, les pompiers des Lucs-sur-Boulogne étaient alertés qu’un incendie venait de se déclarer dans un hangar au lieu dit « les Cinq-Coins » et appartenant à M. Francis Grelet, entrepreneur de carrières. Malgré la rapide intervention des pompiers, les 35.000 kilogrammes de foin et de nombreux outils agricoles que contenait le hangar ont été détruits. Les dégâts qui sont très importants sont fort heureusement couvert par une assurance.
Sur les lieux du sinistre nous avons remarqué la présence de M. Martin, premier adjoint au maire des Lucs. La brigade de Rocheservière a ouvert une enquête afin de déterminer les causes de cet incendie.
